Le costume est impeccable. Beau tissu, belle coupe. Aisance et arrogance du puissant face à une commissaire un peu usée et à la voix de fumeuse. Le contraste entre l’habit du grand patron et le décor du bureau de la commissaire est saisissant. Les banquettes ont l’air de provenir des vieilles rames RER de la ligne C parisienne, le bureau de métal blanc semble sortir des années 50, et la lampe de bureau est prête à rejoindre les stands des brocantes. On l’a compris, devant nous, c’est le combat entre David et Goliath, le pot de terre contre le pot de fer, l’administration contre la finance. Que peut bien une commissaire un peu idéaliste face au plus grand des patrons français ? Pas grand chose même si les preuves sont accablantes.

SLe patron est joué par Hugues Leforestier par ailleurs auteur de la pièce. Le rôle lui va comme un gant ou plutôt comme un costume italien. On n’est jamais aussi bien servi que par soi même et Hugues Leforestier s’est offert un beau texte.

Soyons honnête les acteurs sont excellents. Nathalie Mann qui incarne la commissaire est très convainquante même si son rôle donne effectivement l’impression qu’elle sort d’un monastère selon les mots de l’auteur….bon sortir d’un couvent eu été plus raccord à la féminité du personnage. Le rôle de la commissaire est somme toute ingrat. Elle fait face à un puissant qui ne cesse d’invoquer son carnet d’adresses tandis qu’elle négocie avec la justice un peu de temps et de confiance pour mener à bout son enquête. Dur métier…

Soyons honnête, après tout, le code pénal est posé sur le bureau de la commissaire. On regarde “Brigade financière” avec l’impression de regarder un vieux polar du samedi soir de France télévision. C’est bien écrit, c’est bien joué et c’est sans surprises. Bref, ça se regarde en famille sans risque d’un dérapage scénaristique difficile à expliquer aux enfants. Quand on sort pour aller au théâtre, et en plus au festival d’Avignon y compris au Off, on a envie d’être surpris, bousculé ou alors entraîné dans une histoire complexe qui donne à réfléchir et à voir le monde autrement. Il y a beaucoup de choses à dire sur le fonctionnement de la justice, sur les impunités de certains, sur les nouveaux modes de financement des partis politiques, sur les liens, pas toujours heureux pour la démocratie, tissés entre les politiques et le monde des affaires. “Brigade financière” ne conduira pas le public dans des couloirs obscures et encore sous explorés. C’est le regret qui parcourt d’un léger frisson la nuque du spectateur au moment de quitter la salle. Que l’on ne dise pas que c’est l’effet du souffle d’une climatisation espiègle. Non, “Brigade financière” est du bel ouvrage mais  on aurait été comblé avec un affrontement plus complexe entre les deux personnages.

Fred Lecoeur