Le clap de fin de Séries Mania version Lille/Hauts-de-France a eu lieu samedi 5 mai 2018 dans la salle archi comble du Nouveau siècle à Lille. La directrice générale du festival, Laurence Herszberg, s’est félicitée du succès populaire et professionnel rencontré par le festival : plus de 50 000 spectateurs dans la centaine de projections organisées du 28 avril au 5 mai, 3 000 visiteurs journaliers au Tri postal, plus de 2 000 professionnels présents, des avant-premières mondiales pour de nombreuses séries et des projections de nouveaux épisodes encore inédits sur le marché français pour d’autres séries. La satisfaction affichée par la directrice générale est elle en phase avec la réalité ? La réponse est sans hésitation : oui !

La réussite d’un collectif

La ville et la région se sont battues pour obtenir ce festival et le moins que l’on puisse dire c’est que ce combat s’est soldé par une victoire méritée. En effet, les moyens mis en place ont été importants, l’organisation du festival a été rigoureusement exemplaire et le tout entièrement gratuit pour les festivaliers. Cette réussite tient pour beaucoup à la directrice générale du festival, personne adorable, à la main de fer et au carnet d’adresses bien rempli. Cette réussite repose aussi sur quatre autres acteurs : les collectivités publiques qui ont mis à disposition des lieux parfaits pour les rencontres, les expositions et les soirées thématiques (Tri Postal, Gare Saint-Sauveur, Nouveau siècle etc…), les partenaires privés qui se sont associés à ce festival (le crédit mutuel, UGC, le Majestic etc…), les bénévoles nombreux, éternellement souriants et toujours à la disposition des festivaliers pour les accueillir et les aider et enfin le public, bon enfant, curieux de voir des nouveautés et assez connaisseurs en séries.

Une sélection de grande qualité

Ce festival n’aurait pas été ce qu’il fut sans une programmation riche, éclectique et d’excellente qualité. Pour ma part, je me suis laissé subjuguer par les séries scandinaves (« Liberty », « Greyzone », « The Rain »), par le retour réussi d’Alan Ball avec la série prometteuse, chorale et fantastique « Her and Now » et enfin par deux séries européennes qui échappent aux standards anglo-saxon du montage et de l’écriture  : « Il Miracolo » et, en soirée de clôture, « Babylon Berlin ». Pour être honnête, ces deux séries empruntent tout de même (Surtout « Il Miracolo ») une des  formes standardisées de conception des séries : la modalité d’utilisation de la musique qui, poussée à fond, tend à vouloir faire (trop) d’effet au risque de fatiguer. Certes, l’auteur de « Il Miracolo », Nicolo Ammaniti, a bien expliqué lors de la première projection de sa série à quel point la musique avait été pour lui un élément capital dans la conception et la réalisation de son œuvre. Toutefois, l’usage parfois haut en décibel de cette musique nuit un peu à l’originalité et parfois au visionnage de la série. Néanmoins, « Il Miracolo » et « Babylon Berlin » sortent du lot par leur aspect très cinématographique tant du point de vue de la photographie, de l’éclairage et de l’usage de plans larges habituellement utilisés au cinéma. Toutes les séries citées  génèrent un regret et même une frustration : on a furieusement envie de voir les autres épisodes des saisons dévoilées ! C’est une bonne chose car la frustration signifie que la série est accrocheuse et réussie.

Des rencontres pour le plus grand bonheur du public :

Autres temps forts de ce festival : les rencontres et les débats. A tout seigneur, tout honneur : tirons notre chapeau à Patrick Duffy, le célèbre homme poisson de l’Atlantide et aussi le célèbre frère de JR Ewing dans « Dallas ». L’acteur américain, affublé d’une inattendue queue de cheval, s’est montré particulièrement souriant et disponible pour le public. J’imaginais au Tri postal un public âgé pour accueillir cet acteur. Eh bien non ! Le public présent pour la rencontre dédicace était jeune et, pour la plupart, pas encore né lors de la première diffusion des deux séries phares dans lesquelles Patrick Duffy a gagné la célébrité. L’acteur s’est révélé assez facétieux au cours de la séance « Carte blanche à ». Il a répondu aux questions posées avec beaucoup d’humour. On a ainsi eu la confirmation que son rôle de Bobby Ewing devait bien disparaître après quelques épisodes de la première saison de Dallas mais qu’il fut sauvé par une nécessité scénaristique : celle de justifier le maintien de Pamela (son épouse dans la série) au ranch de Southfork. Cette nécessité scénaristique lui a permis de gagner une gloire planétaire. L’acteur a aussi confié que Jim Davis qui interprétait le patriarche Ewing a fait de la distribution de Dallas une seconde famille après la perte brutale de son unique enfant. La vie privée trouve parfois dans la fiction une échappatoire au drame vécu dans la vie réelle.

Autre rencontre intéressante : celle de Jeremy Podeswa, le metteur en scène canadien du film « Les Cinq sens » au cinéma et de la cultissime série « Six feet under » (toujours non visible en blu ray) qui lança sa carrière dans l’univers des séries. Le savoir faire du metteur en scène, son talent à creuser la psychologie des personnages même dans les séries à gros budget, ont fait de lui l’une des valeurs les plus sûres  pour la mise en scène d’histoires complexes et à gros enjeux financiers. Après « Six feet under », Jeremy Podeswa a mis en scène la série « Rome » et a tourné notamment des épisodes capitaux de la saison 7 de « Game of Thrones ». Le metteur en scène s’est lui aussi plié avec élégance au jeu des questions réponses lors de cette rencontre. Pour ma part, je fus surpris de constater à quel point il avait toujours réussi à conserver sa liberté de création dans des séries ultra scénarisées et aux enjeux financiers colossaux. Visiblement pour Jeremy Podeswa, mettre en scène une série « blockbuster » telle que « Game Of Thrones » ne signifie pas impossibilité d’inventer et d’exprimer sa créativité. C’est sans doute l’un des secrets de la réussite de cette prodigieuse série : valoriser et exploiter les talents pour les mettre au service d’une histoire à filmer.

Les séries se veulent tour à tour à la fois audacieuses, populaires, spectaculaires et intimes. C’est donc dans la catégorie populaire que le public a pu rencontrer trois acteurs de « Plus belle la vie ». Véritable réussite commerciale et populaire, cette série qui comptera 3535 épisodes le 11 mai 2018 ne cesse de rassembler, chaque soir sur France 3, plusieurs millions de téléspectateurs. Pour certains, parler de cette série revient à tomber dans l’indignité car ce qui serait populaire serait forcément frappé du sceau de la médiocrité. Evidemment, tout téléspectateur honnête ne peut que constater la qualité de cette série qui dans son genre (le soap opéra mais pas que) est excellente car bien écrite et bien jouée. Ce qui était frappant lors de cette rencontre c’était d’une part, le public présent, et d’autre part la prestation des acteurs. Le public très très très jeune était aussi très très très très populaire. Assurément, le public présent n’était pas composé d’étudiants en écritures de scénario ou de philosophes spécialisés dans l’analyse du moi au travers des séries. Les acteurs (Elodie Varlet, Caroline Riou et Joakim Latzko c’est-à-dire Estelle, Laetitia Belesta et Gabriel Riva pour les fans de la série) ont irradié d’humanité, de bonne humeur, de crises de fous rires et de bienveillance pour le public. C’est une des réussites du festival : répondre aux attentes de tous les publics. Un festival réussi n’est-il pas un festival universel ? Vous trouverez sur le site PascaldeLyon une expo photo sur la venue des acteurs de “Plus belle la vie” au tri postal.

La cérémonie de clôture :

La cérémonie de clôture fut globalement de bonne tenue. Animée par un Jonathan Lambert particulièrement inspiré et espiègle, cette cérémonie aura parfois été un peu longue lors de la remise des prix (mais c’est un avatar incontournable des cérémonies avec remise de prix). Heureusement pour le public, il n’y avait moins de prix à remettre qu’à la cérémonie des Césars. C’est avec beaucoup d’émotion que nous avons vu monter sur scène Tommaso Ragno récompensé pour le prix du meilleur acteur dans la compétition internationale pour son rôle de prêtre tourmenté et inquiétant dans la série « Il Miracolo ». Il faut bien avouer que les deux épisodes diffusés de cette série nous ont montré un acteur prodigieux donnant vie à un personnage complexe, au bord de l’abîme. Cette cérémonie s’est clôturée par la diffusion des deux premiers épisodes (fondu en un seul) de la série « Babylon Berlin ». 

Cette première de Série Mania à Lille est incontestablement une réussite. Il reste donc à confirmer cette réussite l’année prochaine. Un défi à relever sera aussi de donner de l’écho au palmarès de Séries mania pour que le trophée acquiert une belle renommée. Lors de la cérémonie de clôture, il aura été assez incroyable de constater que la plupart des artistes récompensés n’étaient pas présents. Tout aussi incroyable était l’absence d’une partie du jury dont son président. On n’imagine pas une telle situation lors de la cérémonie de clôture du festival de Cannes (je parle du festival du cinéma). Séries mania doit donc renforcer sa notoriété pour devenir une référence dans le domaine des séries, un vrai Comic-Con européen (mais uniquement pour les séries), bref,« the place to be » notamment lors de la remise des prix. 

Quelques suggestions :

Enfin, j’ose faire trois suggestions à la rieuse Laurence Herszberg :

1°) Ne pourrait-on pas créer au sein du festival une thématique « générique de séries » ? Les génériques de série ont la redoutable tâche de créer une identité et la visibilité d’une série. De fait ces génériques, qui doivent accrocher les téléspectateurs par l’image et la musique, sont de plus en plus  sophistiqués, créatifs, mémorisables. Comment oublier les génériques de « Six feet under », « Game Of Thrones », « Fringe », ou pour les plus anciens « Le prisonnier », « Les envahisseurs » ou « Chapeau Melon et bottes de cuir ».

2°) Serait-il possible d’envisager une soirée (ou des soirées) projection de l’intégralité d’une saison ? Quel plaisir ce serait de visionner une saison entière projetée sur grand écran… Un plaisir de séries addict…

3°) Enfin, en s’inspirant de ce qui est fait au festival Lumière de Lyon, ne pourrait-on pas inclure dans le festival une thématique restauration de séries notamment pour les éditions DVD/Blu ray. En effet, j’ai été impressionné par la qualité des images projetées, y compris celles des pilotes de « l’Homme de l’Atlantide » et de « Dallas ». La restauration de série, tout comme celle des films, est en enjeu majeur pour la conservation du patrimoine mais aussi pour sa mise à disposition d’un public toujours plus exigeant et de plus en plus habitué aux images haute définition. Restaurer des séries devient une condition indispensable pour leur garantir un nouvel accès au public contemporain et donc leur garantir une survie.

En conclusion :

Séries Mania 2018 aura été une belle réussite. Neuf jours de bonheur pour les fans de séries. On en redemande. Vivement Séries Mania 2019.

Pour ceux qui sont venus et ceux qui ne sont pas venus, nous vous proposerons bientôt à la suite de cet article un diaporama du festival Séries Mania 2018 par PascaldeLyon.

Fred Lecoeur