Le Horla” est le titre d’une nouvelle de Maupassant publiée dans sa version définitive en 1887. Prolifique écrivain et auteur de nombreuses nouvelles, Guy de Maupassant a su rendre avec vérité et tension, le basculement dans la folie. Il est vrai, l’auteur était malheureusement un familier de la folie. Lui même sera victime de visions en raison de sa maladie tandis que son frère, Hervé, basculera dans la démence et sera interné à l’hôpital psychiatrique du Vinatier à Lyon. Le titre de la nouvelle est le nom de la créature qui hante et dévore sa victime.

La particularité de cette nouvelle est la construction limpide de ses phrases qui semblent avoir été écrites pour être prononcées à voix haute. Le texte trouve donc naturellement sa place sur une scène de théâtre. Il y trouve sa place mais sans doute pas tous les comédiens. En effet, le texte de Maupassant est un long monologue d’un homme heureux de vivre et qui lentement voit son corps et sa raison se déliter. Interpréter cette pièce est donc une performance.

Florent Aumaître dispose de trois solides atouts pour faire de la nouvelle de Maupassant un grand moment de théâtre : la connaissance du texte, une diction parfaite et un physique idoine. La connaissance du texte c’est bien entendu la connaissance de tous les mots du texte mais aussi des silences, des virgules, des intonations et des états du personnage. La diction parfaite est ce don de rendre perpétuellement hommage à la beauté de la langue française sans en faire une langue de précieux, une langue datée et surannée. Le physique idoine, c’est le physique d’ un dilletante du 19ème siecle. Florent Aumaître nous donne le sentiment d’être face à Edmond ou Jules de Goncourt, face à un jeune homme déjà rentier et déjà assailli par une sorte de démence ou confronté au surnaturel. Florent Aumaître, d’un regard, semble nous faire contempler les feux ardents de la folie.

La mise en scène de Slimane Kacioui donne vie au personnage confronté au Horla en lui donnant de l’espace dans un espace réduit. Rien n’est étriqué dans cette adaptation de la nouvelle de Maupassant. Il nous semble voir les bateaux naviguant sur la Seine, les toits de Rouen ou l’incendie de la maison de l’homme persécuté par la bête invisible. Il nous semble voir aussi la carafe d’eau et celle de lait dans lesquelles se désaltère le Horla.

L’adaptation de la nouvelle “Le Horla” est une réussite. Florent Aumaître m’a donné envie de relire le texte de Maupassant. J’ai relu ce texte le lendemain de la représentation. Eh bien, en lisant les mots du grand écrivain, la voix de Florent Aumaître s’est élevée dans ma tête. Si je doutais de la réussite de ce moment de théâtre, la résonance, dans ma tête, de la voix de l’acteur est la preuve que je n’ai pas rêvé d’un pareil plaisir théâtral.

Pour goûter au texte de Maupassant, frémir de la folie qui vient sans prévenir, et se laisser happer par cette adaptation “démente” de la nouvelle “Le Horla”, rendez-vous au théâtre des Brunes.

Fred Lecoeur