Vous allez participer à une expérience hors du commun. Devant vous, des hommes parfaits, des nouveaux hommes vont aller et venir. Nous vous demandons de bien rester assis dans votre fauteuil et de regarder. Vous allez vivre “In the world box”. Ce monde n’est encore qu’un laboratoire mais le laboratoire de demain. Ces êtres nouveaux, les Mac-human se déplaceront d’une box à une autre. Ils iront de la House box à la Love box puis à la Work box. Ne cherchez pas à les retrouver, il y a des millions de box et leur numérotation complexe, semblable à des coordonnées longitudinales, ne vous apporterait aucune aide. Ces hommes de demain, ces Mac-Human, suivent un programme parfait… Alimentation, sommeil, réveil, décompression, pop corn…. Ils se rencontrent dans une love box. Ils s’aiment sans se toucher. Si la chance est avec eux, ils seront rattachés à une Work box, la Work box donne droit à la House box et à la vie à deux. Si les Mac-Human accomplissent bien leur programme pendant quatre ans, ils pourront avoir un enfant. Tout est possible, le choix du sexe, de la couleur des yeux….. Oui mais. Il faut suivre les lignes de l’algorithme, sans bug et sans auto programmation ou pire sans boucles aléatoires, imprévisibles, impossible, impensable, imparfaite…. Humaine….

Les Mac-Human se distinguent par leur couleur. Il y a le bleu aux yeux bleus et aux cheveux blonds. La culotte moulante noire et troublante car le buste semble mal emboité au reste et le fessier en surcourbe. Le Mc man bleu est parfait en homme nouveau qui n’est plus un homme. Sa compagne fraîchement recrutée, Mlle C, après avoir fait virer un Mac-Human de sa Work box (pour lui prendre sa place) ne tourne pas très rond ou plutôt trop rond et pas assez carré. Boucles aléatoires…..danger, danger… On la rappelle à l’ordre ! On ? La loi, la morale, la règle, la sanction, le pouvoir….. Mlle C fait grésiller ses circuits. Elle en oublie sa vie séquentielle et répétitive…. Mlle C semble prendre le chemin de la Off box, la box des rebus.

La scène est un espace vide et noir. Seuls les Mac-Human portent la couleur. Les Mac-Human de genre féminin portent d’étranges robes de derviche…. Les pas sont cadencés. La répétition des cycles frôle l’insupportable. Mais ces cycles ne seraient ils pas les découpages de nos existences ? Des vies humaines de plus en plus réglées sur des cycles prédifinis et répétitifs ? Levé, lavé, habillé, manger, travailler…. L’air de rien, sur scène les Mac-Human nous lancent un cri d’alarme…notre enfer est déjà le vôtre ! Mlle C tend la main aux humains qui l’observent. D’habitude personne ne lui répond. Le jour où j’ai assisté à la représentation, un homme, refusant les consignes de la voix off, a lui aussi tendu sa main en direction de Mlle C. Ce jour là, les Mac-Human avaient superbement traduit l’horreur d’un monde déshumanisé. Mlle C, dans le tragique insoutenable de sa condition de Mac-Human ayant conservé une trace d’humanité, a fait flancher le public et plus particulièrement un spectateur, un seul hélas, qui a répondu à sa détresse.

In the Word box est une pièce d’Anne Falcon, jouée par la compagnie Les Perséides. Coup de chapeau à Eve Saint Louis, perturbante Mlle C, et à Geert Van Herwijnen le Mac-Human compagnon de Mlle C.

La pièce déstabilise les premières minutes, celles où on se dit “Bon ben au moins c’est climatisé” puis très vite on entre dans la World box, et l’aventure ne vous laissera pas indifférent. Vous sortirez de la Word box ému et interpellé sur la monotonie de votre agenda quotidien….

Fred Lecoeur

A voir au théâtre le Grand Pavois, Avignon à 12 heures.