Les artistes du Off d’Avignon ne doivent jamais sous estimer l’importance du tractage pour attirer le public dans leur salle. Caroline Montier m’a totalement convaincu au sujet de cette pratique. Elle m’a convaincu en faisant de moi l’objet même de l’expérimentation « tractage ». Elle s’est présentée à ma table pour me parler du récital « Barbara amoureuse ». Barbara, comme tout le monde, je connais. Comme la plupart des gens, j’ignore la plus grande partie de son répertoire. Certes, il y a eu le film d’Amalric, la relation avec Depardieu, sa beauté physique et quelques « tubes » Göttingen, L’aigle noir, Marienbad… Pour ma part, ma connaissance de Barbara s’arrêtait là. « Barbara amoureuse » n’était pas au menu de mon repas festivalier ni même à celui des Editions Sansquilsoitbesoin.

Mais voilà, tractage, tractage … hameçonnage ! Il a suffit de quelques mots de Caroline Montier pour que je tombe sous son charme. L’artiste m’a donné l’impression d’une grande délicatesse et fragilité. Immédiatement, je me suis dit que les mots de Barbara ne pouvaient qu’être idéalement servis par une pareille interprète. Par ailleurs, Caroline Montier entretient une troublante ressemblance physique avec Barbara. Je suis donc allé assister à ce récital.

La salle est petite, trop petite pour y faire entrer un piano de chez Pleyel ou un Steinway. Sa petitesse offre l’avantage de la proximité avec la chanteuse. Elle sera seule en scène. Comme il se doit, un seul clavier, sous les doigts de Caroline Montier, habillera sa voix de notes instrumentales.

Le charme opère tout de suite. Avec satisfaction, je constate que j’avais vu juste. Caroline Montier chante Barbara avec délicatesse et passion. La voix de l’artiste magnifie les textes de Barbara et révèle à quel point la langue française est une langue faite pour le chant. Les mots sont beaux à entendre. Ils sonnent juste et bien. On est séduit.

Caroline Montier a fait le choix de chanter des chansons de jeunesse de Barbara. Des chansons d’amour mais l’amour chanté par une femme. Si les hommes chantent aussi l’amour, Barbara l’a chanté différemment. Cette « Barbara amoureuse » est une parenthèse où le temps s’est déchaussé pour se faire encore plus discret. Caroline Montier est envoûtante et apaisante. Le public se laisse subjuguer par une langue française doublement sublimée par Barbara et Caroline Montier. L’amour chanté est coquin, doux, tendre, charmeur et espiègle. Barbara aimait les hommes (jeunes) et détestait le délitement de la passion amoureuse. Elle savait partir à temps pour garder le seul souvenir de l’amour triomphant et solaire. Caroline Montier nous révèle tout cela et nous chante tout cela.

Le récital passe trop vite. Le temps, si discret, nous a fait oublier sa présence. Caroline Montier a créé avec le public une complicité courtoise. Elle met à l’aise ceux, qui comme moi, ne connaissaient pas vraiment le répertoire de Barbara. Elle a le talent de nous séduire quand elle nous parle, quand elle chante, quand le silence suit la dernière note de musique.

Le choix des chansons semble avoir été fait avec discernement. Elles sont toutes magnifiques. Quelle écriture de génie avait Barbara.

Le festival d’Avignon est souvent éprouvant en raison de la chaleur et du rythme effréné avec lequel on  passe d’une salle de théâtre à une autre. Il est utile de faire une pause pour le corps tout en laissant son esprit bercé par de belles mélopées, des mots sonores, de la tendresse. « Barbara amoureuse » est une salutaire évasion. Caroline Montier par sa séduction, sa diction parfaite, son sens de l’interprétation des textes de Barbara et sa sensibilité offre au public un moment de grâce qu’il serait dommage d’ignorer.

Fred Lecoeur

« Barbara amoureuse » est chantée à 21 heures au théâtre Atypik dans le cadre du Off d’Avignon, jusqu’au 29 juillet 2018.