Les nuits de pleine Lune réservent toujours des surprises. Les personnalités se transforment, comme libérées de leurs chaînes, ou se troublent, comme la surface d’une eau agitée par une main espiègle. Eric Rohmer a placé l’action  de l’un de ses plus beaux films  dans une nuit de pleine lune avec l’étincelante et regrettée Pascale Ogier. La pleine Lune inspire les artistes car tout semble possible ces nuits là.

Sylvain Escalier nous livre une nouvelle version de son précédent ouvrage, publié en 2012, intitulé « Un ange est passé suivi de Démons ». Ce dernier regroupait les recueils « Un ange est passé » et « Démons ». De nouveaux textes complètent les précédents recueils tandis qu’un troisième recueil « L’appel de l’ange » vient achever la trilogie de l’ange baptisée « Les anges de pleine Lune se jouent des hommes ». Particularité de cette édition, les nombreuses photographies originales de PascaldeLyon qui viennent illustrer les nouvelles de Sylvain Escalier ou tout simplement ouvrir de nouvelles pistes de réflexion.

J’ai lu d’un trait « Les anges de pleine Lune se jouent des hommes » dans le train qui me conduisait de Lille à Lyon. La première impression qui s’impose au lecteur est celle de découvrir des textes emprunts de naïveté. Sylvain Escalier est un peu le Douanier Rousseau des lettres. Cette première impression est vite remplacée par un sentiment plus prenant et enrobant : celui de lire des textes d’une grande pureté. Les nouvelles poétiques de Sylvain Escalier produisent un effet « Detox ». Elles irriguent le cerveau d’une littérature préservée de toutes théories “psychologisantes”, de références à la mode, de tendances conceptuelles en vogue qui fleurissent dans les magazines d’épanouissement personnel. Aucun fatras alambiqué ne vient corrompre les phrases, les scènes, les images, les sensations que chaque texte offre au lecteur. Il ne s’agit pas d’une littérature du repliement incessant sur soi. Cela fait du bien. C’est reposant. Paradoxalement, et c’est là qu’intervient l’effet « Detox », cette lecture fait du bien à l’esprit et au corps. Quelque part entre Lille et Lyon, propulsé à presque 300km/h, je me suis senti léger, apaisé, libéré du poids des concepts. Le temps de cette lecture, j’ai retrouvé le plaisir de l’enfant qui autrefois découvrait avec délice les joies de la lecture et les mille et une portes qui s’ouvraient sur le monde.

Etait-ce le premier charme de ces anges ? Se jouaient-ils de moi ? Sans doute car le livre abrite des démons et des anges peu fréquentables. Certains textes, l’air de rien et surtout l’air de bien faire, traitent de sujets cruels parfois noirs, parfois sans retour possible. Dans les textes de Sylvain Escalier, comme dans l’univers du Douanier Rousseau, des félins se cachent au cœur de la végétation, prêts à bondir et à surprendre le visiteur. N’est-ce pas l’un des plus grands plaisirs de la littérature que d’être surpris, que d’être habilement conduit sur une route semée d’embûches et traversant des paysages inattendus ? Sylvain Escalier nous offre ce plaisir et bien d’autres.

Incontestablement la lecture de ce recueil incite à vouloir en savoir plus sur cet auteur que l’on suspecte de ne pas être comme tout le monde. On imagine très bien Sylvain Escalier, un peu à part et ne vivant pas au même rythme que nous. Tout cela est vrai. L’un des secrets de cette écriture si « Detox », si pure, est le sort réservé à l’auteur par la vie. Est-ce un ange, est-ce un démon, est-ce la Lune qui en a décidé ? La réponse est impossible à donner mais une chose est sûre : la vie contemporaine n’a pas voulu mêler Sylvain à la foule, aux obligations des agendas tyranniques. Sylvain Escalier vit en marge de la société, des illusions et des fausses valeurs tatouées d’une étiquette en euros ou dollars. Le secret de ce livre est celui d’une vie en marge. Dans le sentiment de bien-être que nous procure ce livre, il y a comme un appel à lâcher prise. Et si la vie était ailleurs ? Et si le bonheur ne se trouvait pas dans un métro, dans un train, dans un bureau, dans les allées d’un hypermarché, devant son clavier d’ordinateur ou dans le regard que les autres posent sur nous ? Et si la vie déployait toute sa richesse et sa beauté les nuits de pleine Lune ? En refermant ce livre, je me suis retrouvé rajeuni mais terriblement accablé de retrouver le rythme d’une vie cadencée par les horaires, les obligations et le jeu des relations sociales.

Les anges de pleine lune ont bien joué avec moi mais je ne leur en veux pas. Leur jeu consistait à tirer le rideau qui me cachait la vie, la vraie.

Je vous souhaite une bonne lecture !

Le livre (199 pages, 28 illustrations) sera en vente le 5 avril 2018 au prix de 13,50 € dans sa version imprimée. Une version Ebook sera rapidement disponible.