En cette période de ciel capricieux et de températures sous la barre des 15°, une envie irrésistible de fuir triture les méninges de bon nombre d’entre nous. Les voyages, c’est bien mais il faut du temps, un peu de préparation et de l’argent. En fin d’année, ces trois ingrédients peuvent manquer sans même parler de la fatigue qui enterre toute velléité de départ pour des destinations lointaines.

La solution idéale, et maintes fois testées, est d’ouvrir un bon livre pour mieux couper les amarres avec le monde. Le choix du livre relève parfois de la corvée et du pari. Les bibliothèques proposent pléthore d’ouvrages mais lequel emprunter ? Pire, en l’absence de bibliothèque digne de ce nom, lequel acheter en librairie ? Une alternative s’offre au lecteur : celle du livre numérique. Par ailleurs, des milliers d’ouvrages sont tombés dans le domaine public et sont  accessibles gratuitement. L’erreur de choix sera sans incidence sur le budget lecture. C’est une aubaine pour beaucoup de lecteurs quel que soit leur âge. En effet, beaucoup d’écrivains de grands talents, aujourd’hui ignorés des libraires, des éditeurs et des bibliothèques, sont accessibles grâce au livre numérique. Aujourd’hui, nous allons évoquer l’un de ces écrivains dont certaines œuvres sont idéales pour s’offrir un dépaysement de fin d’année et des aventures palpitantes sans débourser un centime, ni sortir de chez soi. C’est écrivain est René de Pont-Jest.

René de Pont-Jest est un auteur qui a été actif principalement au cours de la seconde moitié du 19ème siècle. Deux domaines l’ont passionné : le voyage, et cela tombe bien pour nos projets, et la vie judiciaire. Ces deux centres d’intérêts vont tout naturellement se traduire par deux genres littéraires dans lequel René de Pont-Jest excellera : le roman d’aventure (La jeunesse d’un gentilhomme, Le Fire-Fly ou Bolino le négrier) et  le roman policier (Le n°13 de la rue Marlot ou La femme de cire). René de Pont-Jest était un grand séducteur. Il a transmis ses talents à son petit fils, Sacha Guitry, avec le succès que l’on sait.

Deux ouvrages sont parfaits pour se distraire en cette fin d’année : “Le Fire-Fly (1861) et “Le Fleuve des perles (L’Araignée rouge) (1890). Avant de présenter ces ouvrages, il convient de mettre une chose au point ou plutôt les pendules à l’heure : ces livres auraient été écrits en 2017 que le lecteur n’y verrait que du feu. En effet, ces ouvrages sont rédigés dans une langue qui n’a pas vieilli et dans un style simple et dynamique. Le vocabulaire utilisé n’ayant pas subi l’usure du temps et la perte de sens, le lecteur ne perdra pas du temps à compulser un dictionnaire pour suivre les péripéties des personnages de Pont-Jest.

L’action du “Fleuve des perles (L’Araignée rouge) se déroule en Chine, entre Macao et Canton. L’ouvrage emprunte au genre policier et au récit de voyage. Tout commence par un meurtre et tout bascule dans la découverte des mœurs de la Chine impériale. Le livre tient en haleine. L’action est permanente, les personnages sont bien croqués et le dépaysement est garanti. C’est du bon ouvrage.

« Le Fire-Fly » sera le livre recommandé pour cette fin d’année car il propose au lecteur l’itinéraire captivant de deux amis qui, de Ceylan à Calcutta et de Calcutta  à Canton vont visiter des lieux remarquables et vivre des aventures agitées où la mort rôdera en permanence. Au cours de leurs aventures, nous croiseront notamment les Thugs, confrérie d’assassins professionnels, maîtres dans l’art de se déplacer en silence et dans celui du maniement de l’arme blanche. Le livre contient des images fortes : la chasse aux éléphants, cruelle et sans pitié pour ces grands animaux, l’attaque par les Thugs sitôt la nuit tombée ou la traversée de Ceylan. Il y a dans ce livre, le souffle du “Tigre du Bengale” de Fritz Lang. René de Pont-Jest possédait l’appréciable don de rendre les scènes décrites palpables. Le lecteur a toujours l’impression de s’être glissé dans l’histoire et dans le sillage des protagonistes pour mieux voir, sentir et ressentir. Le livre est remarquable par le sens du rythme, qui jamais ne connaît de baisse de régime, et par l’art de décrire les personnages et les situations auxquelles ils sont confrontés. Ennemi de l’ennui, « Le Fire-Fly », du nom du bateau de l’un des personnages principaux du livre, est une belle occasion pour visiter des contrées exotiques pour un européen mais oh combien fascinantes pour leur beauté et leur culture. Le livre fonctionne avec efficacité car René de Pont-Jest parle indéniablement de ce qu’il a connu, du moins, il s’en inspire largement. Ces lieux géographiques, il les a foulés du pied. Très certainement, les personnages croisés au fil des pages ont existé. Pont-Jest savait mêler le vécu à l’imaginaire, l’air de rien. Et cet air de rien fait tout car c’est sans perception d’un effort, d’une peine et d’un artifice que le lecteur se laisse embarquer à bord du Fire-Fly avant, très vite, de poser pied à terre et de s’enfoncer dans les forêts d’Asie et les cités millénaires d’Extrême-Orient.

« Le Fire-Fly » n’est pas un ouvrage de réflexion. Il appartient à la catégorie des livres destinés à donner du plaisir et de la détente aux lecteurs. Ici, plaisir et détente ne riment pas avec médiocrité et vulgarité. Ce livre dépayse le lecteur mais de façon intelligente et dans le respect de ce dernier. Evidemment, l’ouvrage a sans doute plus de chance de plaire à un public masculin qui aime les aventuriers et les situations critiques. Il est certain que les adolescents trouveront bien du plaisir à embarquer à bord du Fire-Fly mais ce plaisir sera aussi accessible aux lecteurs plus chevronnés.

Le Fire-Fly est téléchargeable gratuitement sur Gallica.

L’œuvre de René de Pont-Jest est abondante mais loin d’être intégralement accessible sous format numérique.

Bonne lecture sur votre liseuse !

En complément de cet article : une lettre de René de Pont-Jest adressée à un Duc dont nous ignorons l’identité.

Par cette lettre, René  de Pont-Jest sollicite le Duc pour pouvoir entrer en contact avec l’Impératrice Eugénie. René de Pont-Jest fait référence à Jean-Baptiste FRANCESCHINI-PETRI (1834-1915), secrétaire de l’Empereur Napoléon III puis de l’Impératrice Eugénie.  Visiblement Pont-Jest a manqué FRANCESCHINI-PETRI mais il semble avoir l’espoir de voir l’Impératrice au Cap Martin où elle devrait arriver prochainement. Nous ignorons aussi quelle pouvait bien être l’objet de son entretien avec l’Impératrice.

Voici la lettre manuscrite de René de Pont-Jest. Admirez sa remarquable écriture.

et voici la version retranscrite de cette lettre :